January 21, 2019

Art Brut du Japon, un autre regard, Collection de l'Art Brut, Lausanne

Art Brut du Japon, un autre regard
Collection de l'Art Brut, Lausanne
Jusqu'au 28 avril 2019

L’exposition Art Brut du Japon, un autre regard propose des oeuvres de vingt-quatre créateurs contemporains, présentées pour la toute première fois dans une institution muséale en Europe.

Au Japon, l’Art Brut a généralement été associé à des travaux d’auteurs autodidactes en situation de handicap. Or, la maladie, mentale ou physique, n’est pas un critère pertinent pour définir ce concept théorisé par Jean Dubuffet en 1945, et qui repose sur des caractéristiques sociales et esthétiques. Bien que parmi les productions qu’il a collectionnées et qui sont conservées aujourd’hui à la Collection de l’Art Brut, certaines ont pour auteurs des personnes internées, beaucoup d’autres ont été réalisées par des auteurs n’ayant jamais fréquenté d’institutions psychiatriques.

Edward M. Gómez, commissaire de l’exposition Art Brut du Japon, un autre regard, a parcouru le Japon afin de sélectionner des oeuvres provenant de contextes très divers. Il a ainsi réuni aussi bien des productions issues d’ateliers d’expression rattachés à des institutions, que des ensembles provenant de galeries, ou encore des oeuvres de créateurs travaillant chez eux, de manière autonome. Ces dessins, peintures, photographies, sculptures et créations textiles émanent de nombreuses régions du Japon. Leurs auteurs sont jeunes ou âgés, vivent tantôt dans des mégapoles ou des zones rurales, mais ont tous en commun le fait de créer en marge de la société et de la culture nippone dominante.

Ancien chef dans un restaurant de nouilles soba, Itsuo Kobayashi (1962) documente chacun de ses repas dans des dessins précis à l’encre colorée, qu’il accompagne de textes descriptifs. Yasuyuki Ueno (1973) cultive son sens du beau et du raffinement dans des compositions détaillées représentant des mannequins de mode et leurs accessoires. Les formes arrondies de Momoka Imura (1995) sont réalisées avec des tissus recouverts de boutons en plastique, et les sculptures abstraites de Ryuji Nomoto (1971) sont créées à l’aide de colle blanche à laquelle l’auteur ajoute de la couleur, et qui évoquent des morceaux de terre excavés. Fumiko Okura (1984), pour citer un dernier exemple, découpe des photographies de visages tirées de magazines et de journaux et, après les avoir rehaussées au feutre noir, les assemble à l’aide d’adhésif transparent afin de créer des compositions sculpturales.

Ce nouvel éclairage sur l’Art Brut au Japon permet de découvrir le foisonnement et la richesse des créations autodidactes dans cette région du monde; il élargit aussi notre vision de cette culture à travers des oeuvres à la fois raffinées, drôles, puissantes, inventives et dissidentes.

Artistes présentés dans l'exposition : Kōmei BEKKI, Hiroyuki DOI, HEBIME, Momoka IMURA, Moeko INADA, Kazumi KAMAE, Itsuo KOBAYASHI, Norimitsu KOKUBO, Toshirō KUWABARA, MIRUKA, Akina MIURA, MONMA, Issei NISHIMURA, Kōji NISHIOKA, Ryūji NOMOTO, Toshio OKAMOTO, Fumiko ŌKURA, Eiichi SHIBATA, STRANGE KNIGHT, Atsushi SUGIURA, Katsuyoshi TAKENAKA, Takuya TAMURA, Yasuyuki UENO, Nana YAMAZAKI, Akiko YOKOYAMA

Itsuo KOBAYASHI (né en 1962)
Itsuo KOBAYASHI vit avec sa mère âgée dans la préfecture de Saitama, au nord de Tokyo. Il travaillait auparavant dans un restaurant, jusqu’à ce que, vers le milieu de la quarantaine, souffrant de complications liées à une névrite, il éprouve des difficultés à marcher. Kobayashi s’est alors retiré du monde du travail pour mettre toute son énergie au service de son art, un art profondément personnel sur lequel il avait commencé à travailler plusieurs années auparavant. Fasciné par la nourriture depuis sa jeunesse, Kobayashi s’est mis à remplir des carnets d’illustrations et de descriptions détaillées de tous ses repas. Encore aujourd’hui, il continue à répertorier ses repas avec une rigueur presque scientifique. Dans les évocations de ses repas passés, Kobayashi mentionne le nom du traiteur où il a acheté ses plats ou le nom du restaurant où il a dîné. Doté d’une excellente mémoire, il décrit la forme des assiettes, le décor et l’ambiance de chacun des restaurants qu’il a visités, et analyse les saveurs et les ingrédients des plats qu’il a goûtés.

Itsuo Kobayashi
Itsuo Kobayashi 
Sans titre, entre 1982 et 1989 
Encre et collage sur papier, 28 x 44 (ouvert) 
Photo: Claudine Garcia, Atelier de numérisation – Ville de Lausanne. 
Collection Eternod Mermod, Lausanne

Kazumi KAMAE (née en 1966)
Kazumi Kamae commence chaque nouvelle piece en construisant une forme ondulée autoportante, sur laquelle elle fixe d’innombrables petites perles d’argile oblongues en forme de grain de riz. Elle couvre la surface d’une structure avec ces éléments pointus et saillants pour lui donner une texture riche et rugueuse. Avec ces perles d’argile, elle fabrique des yeux, des nez, des bouches (souvent plusieurs sur une seule sculpture), de petites oreilles et des bras. Kamae n’utilise pas d’email ; les couleurs de son argile cuite sont d’un gris métallique ou terracotta. Les travaux minutieux de Kamae abordent toujours le meme thème – le directeur de l’atelier d’arts plastiques dont elle est tombée amoureuse. N’ayant pas la capacite de communiquer verbalement, Kamae temoigne, à travers son art, de son affection et de son désir avec chaleur, intelligence et charme. Généralement, il lui faut plus de deux mois pour réaliser une pièce.

Kazumi Kamae
Kazumi Kamae  
Masato chantant au Karaoke, 2014 
Céramique, 48 x 25 x 25 cm 
Photo: Marie Humair, Atelier de numérisation – Ville de Lausanne 
Collection privée David et Sabrina Alaimo

Yasuyuki UENO (né en 1973)
Yasuyuki UENO, qui participe à l’Atelier Corners à Osaka, a commencé à créer en 2005. Comme beaucoup d’artistes contemporains et de jeunes gens au Japon, il s’intéresse à l’esthétique omniprésente du kawaii (mignon), élément de la culture populaire japonaise. Il est également fasciné par la mode et possède ce que ses collègues de l’atelier et ses responsables reconnaissent tous comme un vrai sens de la beauté et du raffinement. Sa couleur préférée est le rose, qui apparait régulièrement dans ses dessins. Inspiré par les photographies des magazines de mode, Ueno copie et interprète les images qui retiennent son attention, et dont il reproduit avec soin les sujets dans tous leurs détails – des mannequins, avec leurs gestes et leurs expressions, ainsi que leurs vêtements et leurs accessoires.

Yasuyuki Ueno
Yasuyuki Ueno 
Dis, “Cheese!”, 2009 
Graphite mine de plomb et crayon de couleur sur papier, 38 x 54 cm
Photo: Marie Humair, Atelier de numérisation – Ville de Lausanne. 
Atelier Corners, Osaka

Issei NISHIMURA (né en 1978)
Issei NISHIMURA est né et a grandi à Nagoya. Enfant, il aimait dessiner. Après avoir emménagé à Tokyo pour étudier la musique, il a rencontré des difficultés à s’intégrer dans la société et s’est peu à peu retiré du monde. Son art s’est mis à occuper une place de plus en plus importante dans sa vie, et il est revenu vivre à Nagoya, où il réside actuellement en reclus avec sa famille. Il continue à jouer de la musique et s’inspire beaucoup du blues américain classique. De par leurs couleurs, ainsi que leurs représentations singulières de végétaux ou de formes humaines, les peintures et les dessins de Nishimura sont difficiles à classer. Dans une image, un homme semble avoir une pomme de terre en guise de tête. Dans une autre, un visage entier est recouvert de globes oculaires. On dirait souvent que les sujets de ses dessins sont des objets ou des créatures en voie d’autodestruction. Cet art puissant et expressionniste témoigne de l’énergie psycho-émotionnelle brute et de l’impulsion créatrice de Nishimura.

Issei Nishimura 
Sans titre, 2012 
Crayon et encre sur papier, 40.7 x 32 cm
Photo: Morgane Detraz, Atelier de numérisation – Ville de Lausanne. 
Galerie Miyawaki, Kyoto

Toshio OKAMOTO (né en 1978)
Regarder Toshio Okamoto travailler est une performance en soi. Allongé sur le sol de son atelier, il s’étire et gesticule, un bras derrière la tête, en même temps qu’’il plonge un hashi (une baguette) dans de l’encre noire et trace un trait sur une grande feuille de papier. Les tracés d’Okamoto semblent à la fois réfléchis et spontanés, donnant aux images qu’’il crée un caractère dynamique et urgent. Tout en écoutant de la musique, Okamoto commence généralement par faire une esquisse de son sujet, à laquelle il superpose ensuite un enchevêtrement de lignes et de projections d’encre. Certains de ses travaux représentent des silhouettes de personnages d’un noir intense. Dans d’autres oeuvres, il utilise habilement les gradations de tons pour suggérer des volumes, des textures et des mouvements. De par leur palette contrastée en noir et blanc, leurs traits vigoureux et leur intensité, les dessins d’Okamoto rappellent les oeuvres à forte charge psychologique des expressionnistes allemands du début du XXe siècle.

Toshio Okamoto
Toshio Okamoto
Sans titre (Homme), 2015
Encre sur papier, 76.7 x 54.4 cm
Photo: Morgane Detraz, Atelier de numérisation – Ville de Lausanne
Yamanami Kōbō, Kōka, Shiga Prefecture

Takuya TAMURA (né en 1992)
Takuya TAMURA a développé un style unique et reconnaissable entre tous. Il dessine le plus souvent des portraits d’hommes et de femmes, saisis dans des gestes et des poses du quotidien, mais aussi parfois des animaux. Au moyen d’une grille formée de carrés aux couleurs éclatantes sur de simples fonds blancs, Tamura propose une interprétation de ses sujets et de leurs expressions, parvenant à évoquer leurs émotions et certains traits de leur personnalité. Pour réaliser ses images avec des feutres sur papier, Tamura commence par une simple esquisse, qu’il remplit ensuite de son motif constitué de damiers multicolores. Ses couleurs sont vives – orange, rouge, rose, bleu, vert, violet. Grace à l'intensité de sa palette, même ses bruns sont toniques. Beaucoup de ses travaux sont réalisés sur de grandes feuilles de papier. Leur présentation en format affiche accentue son sens affirmé et instinctif de la composition.

Takuya Tamura
Takuya Tamura 
Sans titre (Femme), 2016 
Feutre sur papier, 54.4 x 76.7 cm
Photo: Morgane Detraz, Atelier de numérisation – Ville de Lausanne. 
Yamanami Kōbō, Kōka, Shiga Prefecture

Momoka IMURA (née en 1995)
Depuis 2013, Momoka IMURA participe au programme de création artistique de Yamanami Kōbō, un atelier d’art polyvalent pour personnes handicapées dans la préfecture de Shiga. Dans la salle d’art textile de Yamanami Kōbō, Imura s’entoure à sa table de seaux remplis de boutons en plastique et de ses pièces achevées ou en cours de réalisation. A l’aide d’outils et de matériaux modestes, comme des échantillons de tissu, des boutons, du fil, des aiguilles et des ciseaux, elle tisse des formes arrondies de couleur vive. Chaque objet est constitué de plusieurs couches de tissu recouvertes de boutons. Imura recouvre un premier morceau de tissu avec des boutons, avant d’en faire une boule et de l’enchâsser dans un autre tissu, lui aussi recouvert de boutons. Elle répète ce processus jusqu’à ce que ces superpositions finissent par former une sorte de boule ou de forme arrondie.

Momoka Imura
Momoka Imura
Sans titre, après 2013
Tissus et boutons en plastique, dimensions variables 
Photo : Marie Humair, Atelier de numérisation – Ville de Lausanne. 
Collection privée David et Sabrina Alaimo.

L’exposition est accompagnée d’un catalogue bilingue en français et en anglais co-édité par la Collection de l’Art Brut et 5 Continents. Une édition séparée en japonais est publiée par Kokusho Kankōkai (Tokyo).

Art Brut du Japon, un autre regard
Couverture du catalogue de l'exposition

Commissariat: Edward M. Gómez, rédacteur de la revue Raw Vision et critique d’art, en collaboration avec Sarah Lombardi, directrice de la Collection de l’Art Brut.

COLLECTION DE L'ART BRUT
Avenue des Bergières 11, CH – 1004 Lausanne
www.artbrut.ch

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