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June 30, 2010

Spencer Finch, Lori Hersberger, Martin Oppel – Exposition à l’ERBA de Rouen


Spencer Finch, Lori Hersberger, Martin Oppel: Weather Report
Ecole Régionale des Beaux-Arts de Rouen
Commissariat général  : François Lasgi, Directeur de l’ERBA de Rouen 
Commissariat de l’exposition  : Catherine Schwartz, artiste et bibliothécaire de l’ERBA, et Jean-Paul Berrenger, artiste et professeur à l’ERBA
Jusqu'au 26 septembre 2010

MARTIN OPPEL, Miami Nice, 2004
  MARTIN OPPEL, Miami Nice, 2004
  Papier, peinture, encadrement - 34,5 x 41 cm, unique
  Courtesy Galerie Emmanuel Perrotin, Paris & Miami

« Il n’y a pas au monde deux yeux identiques comme organe et comme faculté » Jules Laforgue (1)

Si l’homme se saisit dans le temps, il se saisit aussi en partie dans le temps qu’il fait (et qu’il fait, en règle générale, durant très peu de temps). Weather Reports, au travers de trois artistes aux recherches distinctes, se propose d’explorer les formes contemporaines de la conquête de la lumière solaire, de la matière atmosphérique ou de la qualité du vent. Là, la couleur d’une gélatine, d’un faisceau lumineux ou d’une grappe de ballons, un arc de ventilateurs semblent contenir littéralement la couleur du ciel et la fraîcheur d’un instant, autant d’éléments qui conditionnent esthétiquement encore aujourd’hui, et pourquoi en serait-il autrement, la forme des œuvres. Cette quête sensible, qui explosa au XIXe siècle, est celle d’artistes d’aujourd’hui, qu’ils fassent explicitement référence à l’Impressionnisme ou qu’ils en soient plus éloignés, voire inconsciemment les héritiers.

L’Impression, soleil levant de Claude Monet est un face à face solitaire avec l’astre et les nuées, la main du peintre tendant à « voir » et à faire voir à nouveau le ciel et ce qui en constitue la perception. C’est également une œuvre devenue l’emblème de cette quête impossible. Comment, en effet, rentrer accompagné par le temps lui même ? Qu’elle soit romanesque, picturale ou plus généralement plastique, c’est un effort héroïque qu’il faut fournir pour déterminer la forme qui le ramènera à la vie.

A l’impression, on peut préférer ici la notion de rapport (le terme anglo-saxon “report”, faisant référence, dans le titre de l’exposition, au bulletin météorologique, induit également la notion d’explosion)  : rapporter, emmener avec soi littéralement le ciel et, quand c’est impossible (le plus souvent), en faire un constat à multiples facettes, en restituer un point pour l’ensemble, s’y appuyer pour reconstruire une vision du monde plus large encore… Mais aussi en faire un compte-rendu, dans une langue qui n’est pas celle de l’événement, remettant à plus tard le contact immédiat avec les éléments. Un report, donc, entre la trivialité d’un instant et la lutte presque émouvante pour le reconstituer.

Le temps de l’exécution de l’œuvre, et c’était déjà l’un des enjeux de l’Impressionnisme, induit un temps de lecture, d’impression, et de retour supérieur à la sensation elle-même, aussi intense soit-elle. Et pour intense qu’elle est, en tant qu’excitation solitaire à transformer en expérience collective, irrémédiablement insatisfaisante. « De sorte qu’en définitive, même en ne restant que quinze minutes devant un paysage, l’œuvre ne sera jamais l’équivalent de la réalité fugitive, mais le compte-rendu d’une certaine sensibilité optique sans identique à un moment qui ne se reproduira plus identique chez cet individu, sous l’excitation d’un paysage à un moment de sa vie lumineuse qui n’aura plus l’état identique de ce moment » (1). Le plein air n’est plus le lieu de l’expérience, il est à la fois le guide d’une pensée et la matière même de cette pensée.
A la différence des artistes de la fin du XIXe siècle, les trois artistes présentés dans le cadre de cette exposition prennent en compte, de manière humoristique, distanciée ou fulgurante, le caractère impossible de cette tâche. Ils se mesurent au monde dans ce qu’il a d’immatériel en une lutte visiblement inéquitable (Spencer Finch), de manière directe et figurée (Martin Oppel) ou par le biais d’une citation acérée et abyssale (Lori Hersberger).

A première vue, le travail de SPENCER FINCH semble tout entier consacré à la restitution de perceptions et de sentiments éprouvés face au spectacle de la lumière céleste, de la forme d’un nuage, des variations d’un couchant. Mais la forme même des œuvres (qui ne représentent jamais véritablement « l’objet » lui-même), leur titre (dont le vocabulaire emprunte directement aux titres des Impressionnistes et de Claude Monet plus précisément), disent bien qu’il s’agit-là de tentatives  : les limites de la reconstitution sont le point d’équilibre de l’œuvre. Ses aspects scientifques (les différentes pièces fonctionnent aussi sur la mesure lumineuse, les relevés) induisent une disparition partielle du sujet ému (l’artiste) pour mieux mettre en œuvre l’impossible échange (je vois/tu vois). Nous pourrions donc uniquement partager les éléments de langage et leur incomplète transmission alors même que la sensation détermine nos existences quotidiennes toutes entières. 

Les peintures de MARTIN OPPEL, tout comme les peintures impressionnistes, sont des peintures d’après la photographie. Elles semblent restituer d’intenses et particulières émotions lumineuses (spots inondant une scène rock, « multidiffusion » et disparition des rayons solaires dans la flore équatoriale, reflets du couchant dans des immeubles vitrés) dont il est difficile de savoir si elles ont été expérimentées ou documentées (voire trouvées). Ses paysages lumineux scrutent précisément la manière dont la lumière inonde la « scène » du monde à la manière du reflet éblouissant au cœur d’un simple feu de camp. Mais il faut les resituer dans une œuvre plus large, constitué de signes étranges, qui brouillent les frontières entre l’objet contemporain et l’histoire des formes. 

Le travail de LORI HERSBERGER, héritier presque sanglant des œuvres de James Turrel ou de Steven Parrino, ouvre dans cet ensemble une voie vers des espaces plus durs. Ses œuvres les plus récentes mettent en évidence la valeur esthétique de l’artifice poussé dans ses plus lointains retranchements. Des états du temps il ne reste dans ses peintures, ses sculptures et plus particulièrement dans ses installations, qu’une structure, un programme, des éléments minimum y référant (un titre, un arc, un dégradé évocateur) qui soutiennent une recherche esthétique à la fois catégorique et énergique, moins violente qu’absolue. 

(1) Jules Laforgue. « L’Art impressionniste », Œuvres complètes, Mélanges posthumes. Paris, Éd. du Mercure de France, 1903

Cette exposition est réalisée avec le concours de la Direction régionale des affaires culturelles de Haute-Normandie, et avec la précieuse collaboration des galeries Yvon Lambert (Paris), Emmanuel Perrotin (Paris & Miami) et Thaddaeus Ropac (Paris).

Spencer Finch, Lori Hersberger, Martin Oppel
Weather Reports
Ecole Régionale des Beaux-Arts de Rouen 17 juin-26 septembre 2010

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