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April 13, 2010

Exposition Photography Not Art au Musée d’Orsay

“ Photography Not Art “

Le Naturalisme selon Peter Henry Emerson
(1886 - 1895)

Musée d’Orsay, Paris
Jusqu’au 20 juin 2010

Peter Henry Emerson. Exposition au Musée d'Orsay, mars-juin 2010
  Peter Henry Emerson. Courtesy Musée d’Orsay

“Photography Not Art” / “De la photographie, pas de l'art”
Ecrits par l'un des principaux artisans de l'autonomie artistique du médium, ces trois mots de Peter Henry Emerson (1856-1936) en disent long sur la complexité d'un débat qui, né avec la photographie, a tardé à se clore. La formule, substituée en 1899 au célèbre « Photography, a Pictorial Art » (« La photographie, un art pictural ») pour conclure son traité de photographie naturaliste, prouve avant tout que le dictat absolu de la peinture n'a pas épargné les esprits les plus novateurs. Publié en 1889 par un médecin anglo-américain reconverti, Naturalistic Photography for Students of the Art (La Photographie naturaliste pour les étudiants en art ) avait pourtant très vite été comparé à une « bombe lâchée dans un salon de thé ». Coup d'envoi d'une croisade contre l'académisme de la photographie artistique, le manifeste proposait en effet un antidote à l'artificialité des tableaux composés par Henry Peach Robinson (1830-1901), le maître du montage savant des négatifs. Il se voulait également une réponse aux critiques essuyées depuis son entrée remarquée en photographie.
23 ans après l'unique exposition monographique qui lui ait été consacrée en France, le musée d’Orsay vous invite à (re)découvrir les premier et dernier recueils de ce photographe polémiste, deux moments clefs d’une carrière qui a duré à peine 10 ans. Ils forment le diptyque exemplaire d'une évolution stylistique et théorique radicale, dans les interstices duquel s'imissent toutes les stratégies et contradictions de celui que John Szarkowski nomme le « Luther de la photographie ». Life and Landscape on the Norfolk Broads (Vie et paysages dans les marais du Norfolk) inaugure en 1886 une série d'ouvrages consacrés à la région de l'East Anglia, alors perçue comme l'un des derniers paradis “primitifs” d'Angleterre. Réalisé en collaboration avec le peintre Thomas Goodall (1857-1944), ce recueil constitue la première démonstration du naturalisme photographique.
Persuadé que le médium ne peut atteindre la dignité artistique qu'en restant fidèle à lui-même et à la nature, Emerson -comme Emile Zola (1840-1902) en littérature- croit dans un renouvellement des arts par les moyens de la science, particulièrement la physiologie. Il est ainsi familier des théories optiques de Hermann von Helmholtz (1821-1894), démontrant notamment que la vision humaine, nette au seul point d'accommodation, tend vers le flou à mesure que l'on s'en éloigne. Niant la supériorité présumée de l'image précise et détaillée, il élabore alors une esthétique de la vision basée sur la « mise au point sélective ». Idéalement servie par le procédé du platinotype, celle-ci se conjugue avec le rejet de toute manipulation pour garantir la fidélité à l'expérience visuelle dans des images pourtant très composées.
Le paradoxe veut en effet qu'Emerson, bien que confiant dans le potentiel artistique inhérent au procédé mécanique, ne s'en réfère pas moins à un modèle pictural pour mettre en forme un propos documentaire. Afin de garder la trace d'un mode de vie traditionnel menacé par l'industrialisation et le tourisme, il convoque ainsi les peintres d'une « école naturaliste » dominée par Jean-François Millet. Plus qu'en témoin de l'âpre réalité, c'est bien en héritier de ce regard propre à conférer noblesse, gravité et intemporalité qu'il souhaite se placer. S'il ne cherche donc pas à échapper à l'esthétisation, le photographe livre ici la première synthèse revendiquée entre document, science et art. Rendant compte de la parution en 1895 de Marsh Leaves (Feuilles des marais), ultime livre illustré d'Emerson, un critique anonyme parle de « gemmes de la photographie ». L'image traduit parfaitement la réussite de l'auteur, comme la révision de ses ambitions artistiques depuis qu'il a emphatiquement annoncé en 1890 La Mort de la photographie naturaliste.
Cette même année, les recherches pionnières des chimistes Hurter et Driffield sur la sensitométrie avaient révélé que les conditions d'exposition d'un négatif déterminaient une échelle fixe de valeurs de gris sur les épreuves. A cette découverte de données immuables au coeur du processus créatif, qu'Emerson interprète comme une preuve des limites artistiques du médium, se seraient ajoutées les conversations fatales avec un « grand artiste » -James Abbott Mc Neill Whistler (1834-1903) ?- qui l'aurait convaincu de sa vanité.
C'est en tous les cas l'ascendance de ce peintre-graveur qui lui permet cinq ans plus tard, sinon de résoudre ses contradictions, du moins de les dépasser une dernière fois. Dans cette fuite du machinisme photographique, Whistler - médiateur anglo-saxon de l'impressionnisme et de l'art japonais- lui fournit les clés pour contourner à nouveau le postulat mimétique attaché au medium. Le chant du cygne, délivré avec une rare économie de moyens, se compose d'une suite d'esquisses photographiques, magnifiées par les effets d'évanescence de l'héliogravure. Devenue l'unique sujet des images, la transformation de la nature par les phénomènes atmosphériques a presque totalement éclipsé la figure humaine, jusqu'au paysage lui-même.
Cet adieu résigné à la photographie comme art, sobre mais magistral, invite à questionner la sincérité du reniement. Volonté de couper les roseaux sous le pied de ses détracteurs, de miner une voie tracée pour lui seul, ou honnêteté intellectuelle sans faille? S'il est probable que le contexte intellectuel de l'époque ait contribué à brider ses intuitions, l'ambiguïté du geste demeure: il n'empêchera en effet le théoricien ni de continuer à prêcher le naturalisme photographique (réédition modifiée de son traité en 1899, conférences, articles, rétrospective à la Royal Photographic Society de Londres en 1900), ni de rédiger une Histoire de la photographie artistique (non publiée).
Père indigne du Pictorialisme - premier mouvement artistique constitué autour de la photographie dans lequel il refusera de se reconnaître-, Peter Henry Emerson a donné leurs lettres de noblesse au platinotype et à l'héliogravure, deux procédés qui accompagnent Alfred Stieglitz (1864-1946) et son cercle dans le passage de la Photo-Secession vers la Straight Photography. Parce qu'elle réconcilie l'ambition documentaire et le purisme d'Emerson avec un nouveau modèle formel -celui des avant-gardes parisiennes-, la « photographie directe » inscrit le naturalisme aux racines du renouveau moderniste du medium.
Commissaire de l'exposition : Thomas Galifot, conservateur du patrimoine au musée d’Orsay.

"Photography Not Art”
Le Naturalisme selon Peter Henry Emerson (1886 - 1895)

16 mars - 20 juin 2010
Musée d’Orsay, Paris
Accrochage salles 67 et 68 
Horaires : tous les jours, sauf le lundi, de 9h30 à 18h , le jeudi jusqu’à 21h45.
Tarification : droit d'entrée au musée : plein tarif : 8 euros ; tarif réduit : 5,50 euros
Accès : entrée par le parvis, 1, rue de la Légion d'Honneur, 75007 Paris

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